Interview avec Ouriel Pichet

Par Christelle Grimm.

 

C.G. Le premier terme que nous rencontrons à la lecture de votre présentation de la Sixième Dimension et qui demande, sans doute, une explication, est le terme « bien-être ». Pour quelle raison avez-vous choisi ce terme et non celui du « bonheur » par exemple ?

O.P. Votre question en fait, en regroupe deux : que signifie le bien-être et en quoi diffère-t-il de celui du bonheur ?

Je vais y répondre en commençant par le terme « bonheur ».

Ce terme fait allusion à une sensation générale chez une personne qui regroupe d’autres sensations telles que la joie, la satisfaction, la reconnaissance, l’optimisme etc…

C’est une notion très vague qui a sa limite ferme et définie que par opposition au terme malheur. Cet aspect vague le rend peu malléable, peu mesurable et par conséquent difficilement scientifique. Pour s’en rendre compte il nous suffit de nous demander comment le reconnaître, comment le mesurer ?

Dès lors, ce qui nous apparaît en premier c’est sa grande diversité, car d’une personne à une autre, les variations sont considérables. De plus, pour la même personne ces variations peuvent prendre place au fil du temps et des vicissitudes de la vie.

Mais en y regardant de plus près nous découvrons un problème plus fondamental: si vous posez la question à une personne si elle se sent heureuse – ce qui se révèle, en dernière analyse, le seul moyen de le savoir – sa réponse ne peut nous renseigner sur cette réalité effective.

Observons des personnes sous influence ; soit par des substances chimiques soit sous influence émotive voir même cognitive, une fois cette influence dissipée, le sujet ne répond plus d’une manière affirmative à la question déjà posée tel qu’il la fait quand il était sous influence. Il nous faut, par conséquent, un moyen, une possibilité de nous renseigner sur la situation d’une personne autrement que par sa seule impression momentanée.

Le bien-être que je mentionne, fait référence au physique et de ce point de vue, nous possédons déjà des outils pour connaître la réponse d’un tel questionnement. Si ce dernier se limite au physique, le nôtre prend en considération également les réalités de la psyché de l’homme.

C.G. C’est donc l’aspect scientifique, qui fait valoir un terme au dépend de l’autre ?

O.P. Je ne sais ce que vous entendez par « scientifique » mais il y a plus : le terme « bonheur » est synonyme, chez beaucoup, de plaisir et de facilité. Le « bien-être » ne l’est pas. C’est un long débat philosophique qui dépasse largement notre sujet et sur lequel je me suis déjà attardé dans la rubrique réflexion qui pourrait être résumée ici de la manière suivante : aller chez son dentiste est essentiel pour le « bien-être » et pourtant ce n’est pas du bonheur…

C.G. Que signifie le terme modernité avancée ?

O.P. Brièvement, depuis la moitié du 19ème siècle, nous pouvons parler de modernité c.à.d. de l’effondrement du schéma qui liait la religion, la gouvernance et la famille tel un moteur et la structure de la société comme le dirait Engel. Avec l’émancipation des forces sociales, le développement de la science appliquée et de la logique scientifique la société occidentale est entré dans la modernité par le biais de la sécularisation et de la laïcité. Il y avait là un schéma qui consistait à voir dans la logique et la science qui l’accompagne, un chemin tracé et direct tout en étant graduel, qui allait mener l’humain vers le bonheur (et là le terme est bien choisi car ce concept s’est avéré être une illusion…).

À partir de la moitié du 20ième siècle, plus exactement, des années 60, nous pouvons commencer à parler d’une nouvelle période que certains appellent désormais la postmodernité.

Il y a un débat chez les sociologues à propos du lien entre ces deux périodes ; si l’une résulte de l’autre, ou au contraire, se trouve en rupture avec celle-ci. Le terme choisi ici fait donc référence au changement opéré à notre époque refusant d’entrer dans le débat indiqué, pour différentes raisons…

C.G. Pour quelle raison ce changement est-il si important pour nous et notre sujet ?

O.P. Chaque époque possède en son sein ses propres valeurs et ceux de la modernité avancée diffèrent de celles de la modernité : la science et la logique ne sont plus perçues comme seul critère de jugement, un déclin qui se compense par une montée en puissance de valeurs dites « spirituelles ». Ce changement de paradigme engendre tout un tas de problèmes épistémologiques c.à.d. la science du savoir, car l’humain ne peut se permettre le « luxe » de ne pas se référer à la science et à la logique qu’il amoindrit et c’est justement le piège de notre époque et donc l’insistance que j’y mets.

C.G. Justement, que signifie le terme « psycho-spirituel » ?

O.P. Sa source se trouve dans deux domaines du savoir qui diffèrent : la psychologie et le spirituel. Ce terme, le « psycho-spirituel » cherche, par conséquent, le point de rencontre entre ces deux réalités qui font partie, justement, des valeurs de notre époque dite de modernité avancée. Si nous pouvons supposer que la psychologie est une notion connue, du moins de loin, le spirituel l’est moins contrairement au religieux. Par spirituel nous entendons ce qui se situe en amont du religieux ainsi qu’en aval. L’« amont » revient aux expériences extatiques sous ses formes variées ; ceux qui sont à l’origine du religieux, comme le dirait W. James, – ce qui n’a pas de lien direct avec notre sujet de discussion, par l’« aval » j’entends, ce qui se trouve après le religieux, une fois celui-ci éclaté, ce qui est au cœur des valeurs actuelles.

C.G. Par ailleurs, pour mieux comprendre ce que signifie le mot spirituel, vous parlez de valeurs – sens, comment ces termes convergent ?

O.P. De même que la perte de la toute puissance de la logique et de la science est un piège pour l’homme d’aujourd’hui, un piège qu’il ne peut, pourtant, éviter, de même, le spirituel ou la spiritualité comme il est d’usage de le nommer aujourd’hui, l’est également car sous cette appellation nous trouvons tout et n’importe quoi !

La spiritualité de même que le bonheur est amorphe. En revanche, parler de sens et de valeur ne l’est pas. Nous pouvons considérer, tel un axiome, que l’homme est un être de valeurs car il n’y a pas de société qui n’en possède pas ; seul diffère leurs nombres, leur hiérarchie et leurs contenus.

Ramener le spirituel dans le giron des valeurs cela signifie conceptualiser le premier grâce au deuxième, ce qui permet de le rendre malléable, mesurable et digne d’un travail sérieux…

Nous ne marchons, donc, plus sur du sable mouvant, mais nous nous situons sur la terre ferme, à la suite de toute une série de penseurs comme je l’ai indiqué dans le site.

La spiritualité devient une valeur pour l’homme ce qui donne sens à son existence comme la joie, la satisfaction qui comprend également la difficulté et la complexité…

C.G. À travers votre discours nous pouvons sentir que vous vous référez à différents champs du savoir mais pour un non initié, un néophyte, pouvez-vous nous formulez cela d’une manière plus concrète, plus simple : proposez-vous une méthode, un outil pour atteindre votre but ?

O.P. Mon postulat est le suivant : nous ne connaissons pas la solution d’avance sans quoi notre questionnement serait mal posé. Pour illustrer mon propos, je dirais, que le processus ressemble à celui d’éplucher un oignon : tout en pleurant, nous découvrons des couches successives, par stratification. Parfois, nous croyons que le problème se situe là et nous découvrons que le noeud est ailleurs…

Pour résumer je dirais, que notre démarche prend deux directions complémentaires : la première peut ressembler, sous certains aspects, à une analyse avec cette différence majeure qu’elle cherche à cerner les valeurs au niveau individuel et non au niveau de l’affectif. La deuxième peut ressembler à un audit mais qui se focalise, une fois de plus, au niveau de l’application des valeurs – sens de notre époque au niveau de la réalité économique. Si la première demeure personnelle, la deuxième peut dépasser largement cette limitation pour s’inscrire dans un cadre plus large.

C.G. Finalement, quelle est l’expérience qui vous a poussé à créer la sixième dimension ?

O.P. Mon centre d’intérêts et d’activités, depuis des années, se focalisait sur le lien entre art, symbole – sens, psychologie et spiritualité ceci d’une manière concrète.

C’est tant au niveau conceptuel que concret que j’ai constaté le lien inébranlable entre : religieux, psychologie et valeurs/sens c.à.d. philosophie. Mais le spirituel se trouvait « suspendu » entre la philosophie et le religieux ce qui rendait le lien entre eux, tel un cercle, qui en réalité était un cercle vicieux. Le manque et l’amalgame se trouvent dans l’application des valeurs- sens dans la réalité. De plus, ma formation en générale et surtout mon parcours au sein du monde académique m’ont fait ressentir le besoin d’une solide approche théorique avec une visée pragmatique dans une démarche pluridisciplinaire et, une fois de plus, le manque existe aussi à ce niveau là.

Je considère que seule une telle approche peut donner au cercle indiqué un dynamisme qui le fasse sortir de sa qualification de vicieux… Le monde économique est, en dernière analyse, le lieu où se focalisent les valeurs concrètes d’une société. C’est donc à ce niveau qu’il nous faut sonder l’humain si l’on croit que celui-ci est un animal en quête de sens…

 

 

 

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